DEFINITION
ANTOINE GIVAUDAN
( Mai 1958 )
( Revue NRJ N°2 )
ORIGINE ET DESTINATION
J’ai réussi, grâce à l’attention d’un soigneux
camarade de classe, à retrouver le second
et dernier numéro de la revue NRJ ,( Cf. [1958-04-00---H-NRJ-LA-CIVILISATION-CONTEMPORAIN]),
dans laquelle j’ai publié ce petit texte curieux. Curieux en ce que je n’ai pas
un mot à y changer, pour qu’il soit conforme, plus de quarante ans après, à mes
convictions présentes. Je suis même étonné de la justesse de leur expression.
Je ne crois pas être sûr de me souvenir des raisons qui m’ont
conduit à écrire ces quelques phrases sur l’amour. Je les ai relues avec un
sentiment d’inquiétude à l’idée d’y trouver, au pire des propos incongrus et à
la rigueur des idées que je ne partageais plus. A mon étonnement je constate
que ce que je pensais jadis sur ce sujet grave, n’est en rien différent de ce
que j’en pense encore aujourd’hui mais je suis pas sûr que si j’avais à le dire
maintenant je pourrais trouver ces accents inattendus,
Cette découverte me
laisse penser que mon point de vue sur l’amour que je croyais avoir formulé au
début des années 60, remonte en vérité à une période antérieure; je souhaite
seulement avoir la force d’en finir avec la mise du texte de mon « Manuel à l’usage de ceux qui croyent aimer »
dont la mise en forme finale est un peu restée en carafe. ( Cf.[1996-03-00-00H-MANUEL-A-L-USAGE-DE-CEUX-QUI-CROYENT-AIMER-EXORDE] )
Est-ce
un poème ? Je ne le pense pas.
( Cf. [1958-05-00-1-H-DEFINITION])
Il y a quelque immodestie à s’adonner à un commentaire
de l’un de ses propres textes, fût-il très ancien. Pourquoi cependant se priver
de ce plaisir, si plaisir, bien sûr, il y a.
Le
premier plaisir est d’abord de ne pas être
froissé par quelques maladresses de syntaxe ou de vocabulaire. Je ne me
prononcerai pas sur le style lui-même même si je n’en suis pas insatisfait.
Le
second se trouve dans les thèmes évoqués et
la façon de voir l’existence. Et le sens qu’implicitement il lui est attribué.
Cette façon ne m’a jamais quitté, mélange de lucidité fataliste et
d’obligation « d’aller vers », avec tout ce qu’une telle obligation
implique vis à vis des autres et de soi-même, avec ce qu’il faut et ne faut pas
attendre de la société, dont je n’ai jamais attendu qu’elle donne mais permette
d’extraire d’elle ce qu’elle est en état d’offrir à ceux qui s’en donnent la
peine, conscient qu’elle doit au moins des « sécurités ».
Malgré le pluriel réducteur, Valeur d’actualité !
Je
note aussi l’aptitude sinon le devoir de « jouir » des plaisirs
terrestres qui se présentent, peut-être inégalement à tous mais assurément à
quiconque sait se saisir de ce qui est à sa portée. Autre manière de penser
« qu’il vaut mieux changer ses désirs que l’ordre
du monde », sans pour autant renoncer à aller…
Sans
illusion et sans misanthropie, cette « morale » n’entre pas dans une catégorie bien définie
sauf une aspiration à se « sentir
vrai » .
Aimer c’est moins prendre que donner. Et ce n’est prendre
que ce qui est offert.
Sur NRJ se reporter à [1958-04-00---H-NRJ-LA-CIVILISATION-CONTEMPORAIN]